samedi 28 mars 2020

                                                              Un arrêt à Ste-Flavie

J’ai retrouvé cette photo dans mes archives. En ce moment, je suis en confinement chez moi, à la campagne mais loin de ma Gaspésie natale. Depuis que je suis partie, il y a plus de quarante ans, je suis revenue à chaque année ou presque. Un de mes arrêts préférés, sur le chemin du retour ou en m’y rendant, c'est le bord de mer de Ste-Flavie. Depuis quelques années, il disparaît lentement, les rives subissent l’assaut des grandes marées au début de l’hiver. La plage a un aspect différent, les maisons sur la rive sont à vendre, les terrains sont grugés par la mer, le sable disparaît il me semble. 
Le coucher de soleil, toujours aussi magnifique, console de tous ces tristes changements. Je rêve de me retrouver sur la 132, de faire encore une fois un arrêt magique à Ste-Flavie, de marcher sur les grosses roches plates, de contempler ce coucher de soleil qui fait rêver à des lendemains meilleurs.

La plage de la Baie de Fundy, à Hopewell Rocks. Un paysage à couper le souffle. Nous avons eu la chance d'avoir un guide qui a un bon sens de l'humour et des connaissances solides en sciences.  Je pourrais passer toute une semaine dans ce parc, à chaque année. Les marées sont une merveille qui se renouvelle chaque jour, la marée haute est particulièrement fascinante si on a marché sur la plage, tôt dans la même journée. Comment ne pas éprouver de gratitude pour tout ce que nous avons au Canada, les gens sympathiques, la nature et les longues marches dans toutes sortes de terrains, la plage, la montagne, les forêts et plus... Le choix est immense dans ce pays magnifique: la baie de Fundy, la côte de la Gaspésie, les lacs, la côte ouest que j'ai trop peu explorée, le Saguenay, la côte nord du Québec que je connais peu et bien d'autres lieux au pays que je rêve de voir mais ne verrai probablement pas.

vendredi 27 mars 2020



                                          Poème de fin d’hiver

Frisson du matin
Glace blanche sur le verre
Ombres alanguies
Sur les champs croûtés

Traces effacées
Soufflées par la brise du nord
Contours adoucis par les faibles rayons solaires
Glaçant les racines des arbres

Cèdres figés
Servant de sentinelles autour du champ
Attendant le printemps patiemment
Doucement avec les flocons lents

Les troncs des érables gris et tordus
Patients devant la lenteur du jour
Rêvant de se courber vers la lumière
Laissant monter un filet de sève gelé

Johanne (Tout droit de reproduction interdit) 

mardi 17 mars 2020

En ce moment de confinement volontaire ou d’isolement partiel, je plonge encore plus avidement dans mes lectures. Cette année, j’ai essayé d’encourager les librairies indépendantes et je me suis procuré de vrais trésors. Voici des suggestions de livres très différents dans le style ou la forme mais qui m’apportent beaucoup de plaisir, procurent du divertissement et étanchent ma soif de connaissance et mon besoin de stimulation intellectuelle.
- Fernando Pessoa, Anthologie essentielle, édition bilingue par les Éditions Chandeigne.
Des poèmes fabuleux qui font réfléchir mais aussi des extraits de son célèbre livre « L’intranquilité »
J’apprécie que le texte soit en français et en portugais. Cela me permet de continuer mon apprentissage de la langue portugaise.
- Arturo Pérez- Reverte, « Club Dumas » et aussi « Le tableau du maître flamand »
Voici un auteur qui mélange avec succès les connaissances sur l’art et la littérature avec le style du thriller. Excitant à lire mais j’apprends beaucoup sur les arts et l’histoire.
- Elena Ferrante, « Chronique du hasard » Éditions Gallimard.
J’ai lu d’une traite la série qui commençait avec « Une amie merveilleuse ». J’ai adoré et j’ai beaucoup appris sur la culture italienne. Je découvre avec ce livre sa philosophie de vie à travers ses expériences ainsi que des conseils déguisés en chroniques éditoriales.
- Ken Follett, « Le scandale Modigliani », un autre thriller artistique  sur fond de culture italienne.
- Robert Marcel Lepage, « je est un hôte » Éditions La mauvaise tête.
Un livre qu’il faut lire à petites doses puisqu’il est construit à partir de merveilleuses esquisses et dessins, accompagnés de poèmes, de réflexions et de citations. Un bel objet d’art et un livre qui peut apaiser les gens anxieux pour toutes sortes de raisons.
- Jean-Michel Othoniel «  L’herbier merveilleux » Éditions Actes Sud
Un livre d’art, un vrai bijou qui dresse un inventaire partiel de fleurs représentées dans des oeuvres exceptionnelles du Musée du Louvre. À savourer lentement et souvent.

mercredi 11 mars 2020

       Retour de voyage depuis bientôt une semaine. Juste avant la panique du Coronavirus, le microbe qui est parti de la Chine et qui s'est rendu en Ontario et au Québec à peu près en même temps que nous atterrissions à Montréal. Du Portugal, je n'ai entendu que peu de vraies nouvelles à propos de ce virus. Le Portugal ne compte pas beaucoup dans la grande Europe. De plus, c'est un langage difficile à apprivoiser. Après quatre long séjours depuis 2015, je peine encore à comprendre la langue. J'ai trouvé que c'était plus facile cette année; je vois le lien avec le français, l'espagnol et l'italien.

      Le Portugal est un pays très hospitalier, ses citoyens sont accueillants, son climat doux et la végétation diversifiée et colorée. J'ai fait une provision énorme de photos et de souvenirs pour inspirer ma démarche d'artiste, tant dans le visuel que dans l'écriture.

      Ici au Canada, nous sommes tellement privilégiés de toutes sortes de manières. Je n'arrête pas de dire merci intérieurement à chaque fois que je regarde autour de moi. Les champs, les arbres. le silence, la maison confortable, l'accès facile à tous les services me fait sentir choyée comme une enfant gâtée. J'ai vu des gens pauvres au Portugal, je ne dirais pas la misère mais on la sent toute proche à rôder.

       Et puis, je suis revenue à mes routines de lecture, d'écriture et d'exercices. J'avoue que faire une promenade dans la gadoue et la neige à peine fondue ne se compare pas à une promenade sur le bord de l'Atlantique sur les pierres grises et beiges qui ont été placées de façon à former des motifs. Il n'y a pas de comparaison possible avec une marche dans le sable doré ou blanc des plages de l'Algarve.
Cependant, il y a nos petits arbres rabougris, nos conifères si petits quand je les compare aux immenses pins sur le site de Senohra da Rocha ou aux immenses figuiers que nous avons découverts dans un petit parc près du Jardin botanique de Lisbonne. Ils étaient au moins trois à couvrir d'une ombre douce le petit café au centre de ce parc, le Café Esplanade.  Je ne me rappelle pas avoir vu rien de semblable au Canada, même pas en Colombie-Britannique. Je n'ai pas assez exploré mon pays.

      Voilà la raison des voyages, le dépaysement, la découverte et l'appréciation de l'inconnu et enfin le bonheur de revoir son chez soi et le cadre familier de notre communauté. Cela m'a fait rêver de la Gaspésie et j'ai bien hâte d'aller m'y promener ce printemps et cet été.

       Enfin, je peux plonger à mon aise dans toutes les lectures qui m'ont manqué et surtout les auteurs et autrices qui nourrissent et consolent mon esprit et mon âme. De Siri Hustvedt, Colette, Margaret Atwood, Monique Champagne, Sylvie Drapeau, Allison Hoover Bartlett, Catherine Perrin, Elena Ferrante, Patti Smith, Beatrice Masini, Catherine Leroux, Jocelyne Saucier à Virginia Woolf, je butine, je relis, je me promène dans leurs pages, je relis, je me délecte des mots et des poèmes, des images, je rêve, je copie des bouts de phrases, des paragraphes entiers, parfois juste des mots.

Bref, je suis de retour dans mon refuge pour créer, écrire et lire, lire sous fond musical.
Dernière promenade à Lisbonne, avenue Liberdad.


mercredi 11 septembre 2019

Merci à mon fils pour la photo. J’en ai fait un tableau. 
Droits d’auteur: septembre 2019. Johanne B.
Voilà septembre revenu et bien entamé. Deux visions de mon été, le chalet vu par mon fils qui a bien aimé canoter sur le lac et prendre des photos, le jardin chez nous, un oasis de verdure. Voilà une image convenue comme me l’avait expliquée la jeune étudiante lors de notre atelier d’écriture. Sauf que les descriptions simples et les images littéraires connues sont parfois les plus claires et les plus précises. Mon but comme auteure n’est pas de réinventer le langage mais de l’utiliser pour donner ma perspective et offrir ma vision au monde. Je ne vise pas un lectorat enthousiaste ou la célébrité.
Pour en revenir à mes deux photos, elles représentent les deux pôles de ma vie en ce moment. La péninsule de la  Gaspésie et mon lieu de résidence actuelle. Je me nourris de la Gaspésie comme artiste et pour la famille aussi. Je me repose et refais mes forces dans mon jardin. En nettoyant la maison, je classais des vieilles photos d’il y a plus de vingt ans. Celles qui ont gardé mon attention le plus longtemps, les photos de notre cour qui n’était qu’un vieux champ jauni, rempli de broussailles et de roches. Voilà maintenant, les arbres, les fleurs, les arbustes qui l’ont adouci, embelli et offrent toute la fraîcheur dont nous avons besoin lors des canicules de juillet. Je me souviens d’une citation dont j’ai oublié l’auteur qui disait en gros: « Si vous avez aimé et fait un jardin, vous avez réussi votre vie. Alors, je considère que mon conjoint et moi avons réussi nos vies.

lundi 19 août 2019

Droits d’auteure: Percé, août 2019. Photo par J. Berger
Rocher Percé, combien d’années, de roches pulvérisées, réduites en poussière, te reste-t-il?
Autant que les mille rayures qui composent ta nouvelle promenade, autant que les roches plates qui la décorent, autant que les brins d’herbe qui offrent un peu de douceur aux pieds fatigués de marcher sur les galets qui entourent ta masse imposante et qui composent la plage encore déserte. Un vrai miracle, cette solitude qui t’entoure. Notre trésor de la Gaspésie reste encore accessible et offre de merveilleux points de vue pour l’observer. Ma Gaspésie salée, sablée, enrochée, il a fallu te quitter. Je reviendrai.

Je suis de retour dans un coin du pays, chaud et humide, écrasée par le soleil et ses ombres puissantes. Affalée sur l’herbe, cherchant l’ombre qui m’attaque tout à coup près de l’érable. Je l’enlace et me laisse glisser à ses pieds. Écorce rugueuse dans mon dos, tu serres tes griffes sur ma peau. Les feuilles murmurent, se penchent, épaisses de sève, baladant cette ombre tant désirée au gré de la brise. Bienheureuse saison, été infini, reste ici, loin de la Gaspésie.